Vous avez la parole

Mon père, Michel, planteur d’arbres

Un homme, des arbres, des chiens et des truffes

Octobre 2021, première saison de la truffe sans toi. On ne peut que se souvenir de tous ces moments là-haut, à la truffière.

Mon père, Michel, trufficulteur en Meuse, est décédé en février 2021, il avait créé la Truffière de Saint-Remy à Saint Remy la Calonne. Il a planté des milliers d’arbres. Oui des milliers... Et il en a fait planter aussi quelques dizaines de milliers en promouvant les truffes de Lorraine avec l’aide d’Agritruffe qui avait décidé de développer des plants mycorhizés avec des truffes de nos régions.

Il aimait les arbres. Il a fait un travail énorme à lui tout seul. Je me souviens des journées entières où il piochait les jeunes arbres pour aérer la terre ; « un piochage vaut deux arrosages » répétait-il souvent. Son chien toujours à côté de lui le regardait, ne comprenant pas pourquoi son maître passait autant de temps à s’occuper des arbres.

Tant de personnes sont passées à la truffière tout au long des 15 ans de saisons de visites. Il a participé aussi presque chaque année à des émissions télévisées, il était aussi interviewé à la radio.

Une année, une équipe de TF1 s’est retrouvée coincée dans la neige près de la truffière. Lorsque mon père les a rejoints, ils étaient en train de téléphoner à Jean-Pierre Pernaut pour lui expliquer leur situation et savoir ce qu’il fallait faire. Ils ont tout de même décidé de continuer à tourner la recherche des truffes dans la neige, ce fut épique et inédit !

Il y a eu aussi France 3, France 2, des chaînes allemandes, luxembourgeoises, et de nombreux journalistes de la télévision ou de la presse qui sont venus le rencontrer à la truffière. Ils ne repartaient jamais sans déguster quelques toasts au beurre truffé et un petit verre de vin local.

Reportage France 3 Lorraine en 2007
Michel Garzandat sur sa truffière avec — vous les reconnaîtrez peut-être — Tino et Cory les petits chiens truffiers (La vidéo bloque un peu pendant les 10 premières secondes).

Cette promotion de la truffe de Meuse vers un public qui ignorait alors la présence de ce champignon hypogée en région Lorraine et tout ce travail auprès de ses arbres lui a valu d’obtenir la médaille du mérite agricole.

Michel, mérite agricole

Ironie du sort et maudit covid, nous n’étions qu’une dizaine de proches à son enterrement. Très peu de gens ont su que Michel était décédé. Nous avons le souvenir, le jour de l’enterrement, d’une très belle et émouvante couronne envoyée par la Confrérie de la truffe de Lorraine. Nous étions tous là, l’équipe de la truffière, autour de lui, et nous nous sommes remémorés quelques moments passés autour de sa passion pour la truffière, les arbres et les chiens, mais aussi le théâtre, la musique...

Mon père est inhumé pas très loin de la truffière dans un petit cimetière situé dans la clairière d’un bois. Juste retour des choses, lui qui a consacré tant de son temps à la plantation d’arbres ; il se retrouve, en quelque sorte, parmi les siens.

La Terre jamais ne fatigue.
La Terre est dure, silencieuse, incompréhensible à l’abord,
La Nature est dure et incompréhensible à l’abord,
Ne vous découragez point, persévérez, il y a des choses divines bien enveloppées.
Je vous jure qu’il y a des choses divines plus belles que les mots ne sauraient dire.

Terre ! Toi qui me ressembles !
Bien que tu paraisses ici, si impassible, ample et sphérique,
Je soupçonne aujourd’hui que ce n’est pas tout ;
Je soupçonne aujourd’hui qu’il y a au fond de toi quelque chose, de féroce qui ne demande qu’à jaillir...

Walt Whitman.

Merci pour tout ça. Merci d’avoir créé un si bel endroit. En ta mémoire, je réactive un peu ce site alors que je comptais l’abandonner face à l’omniprésence écrasante de Facebook.

Merci à vous, lecteur ou ancien visiteur de la truffière, d’avoir pris deux-trois minutes pour lire cet article. Si vous avez connu Michel, laissez un commentaire si vous en avez envie.

Message à mon maître

Assis sur mon étoile
Dans le grand ciel blanc
Je n’ai besoin de rien
J’ai le manque de toi :
Gambader à tes côtés
Courir après le papillon
et la libellule
Jouer avec le vent
Dans les herbe folles
Profiter du soleil
Boire l’eau fraîche de la source
Et, quand la lune
Prend son bain dans le grand étang,
Je rentrais à la maison avec toi.
J’aimais m’endormir contre toi
En rêvant de remplir
Ton panier de diamants noirs

Mon bon maître,
Ne marche pas trop vite,
Prends bien le temps
De vivre dans ton paradis vert
Protège-toi des coups de froid
Des coups de soleil
Tu sais, j’ai erré d’étoiles en étoiles
J’ai beaucoup cherché
Ici, il n’y a pas de truffes

… Le soir, lève tes yeux vers le ciel
Et de la main, dis-moi bonsoir
Tu me manques tant mon bon maître.

Tino

Texte écrit par Anne-Françoise Kontz en souvenir de Tino parti en octobre 2012